La Petite Camargue, entre marais et vignes autour de Lunel
Tôt le matin, ou tard le soir, ce sont les lapins qui nous rappellent où nous vivons : ils sont si nombreux sur le chemin qu’il faut apprendre à les esquiver, en voiture comme à vélo. Un détail minuscule, presque trop simple pour être raconté, mais qui dit bien ce qu’on a envie de partager ici : depuis Lunel, la Camargue ne se visite pas depuis la route, elle se vit au quotidien.
Quand on dit qu’on habite en Camargue, la réaction est presque toujours la même : « Ah bon, mais ce n’est pas plutôt du côté d’Arles ou des Saintes-Maries ? » Et à chaque fois, on répond la même chose : non, elle n’est pas si loin, elle commence de l’autre côté de la route. Alors on a eu envie de raconter, à notre façon, pourquoi ce bout de territoire n’a rien d’une Camargue au rabais, et pourquoi on a choisi d’y poser nos valises pour de bon.
La vraie frontière, ce n’est pas Arles, c’est le Vidourle
Tout le monde imagine la Camargue comme un seul grand bloc entre Arles et la mer, avec ses flamants roses en carte postale. Sauf qu’en vrai, le delta se coupe en deux. Il y a la Camargue provençale, la grande, celle des étangs immenses du côté de Vaccarès et des Saintes-Maries-de-la-Mer, à l’est du Petit Rhône. Et il y a la nôtre, qu’on appelle Petite Camargue ou Camargue languedocienne, coincée entre le Vidourle et le Rhône, de Lunel jusqu’à Aigues-Mortes en passant par Aimargues et Marsillargues. Moins connue, moins instagrammée, mais tout aussi Camargue dans l’âme.
La différence se voit sur le terrain : ici, les marais et les sansouïres se mêlent aux vignes et à la garrigue, le canal du Rhône à Sète trace une frontière d’eau tranquille, et les paysages changent de visage plus vite qu’en Grande Camargue. On passe d’une rangée de vigne à un étang à oiseaux en quelques minutes de vélo. C’est une Camargue à taille humaine, où l’on peut encore se perdre sans croiser un seul car de tourisme.
Lunel n’a pas toujours été une ville de passage
Avant les taureaux, il y a eu autre chose. Au 12ᵉ siècle, Lunel abritait une école talmudique réputée, une yeshiva où l’on venait étudier le Talmud, la médecine et les sciences depuis des pays lointains. Le voyageur Benjamin de Tudèle, qui a traversé la ville à cette époque, décrit des maîtres qui logeaient et nourrissaient gratuitement leurs élèves. Ce rayonnement a valu à Lunel le surnom de « la petite Jérusalem ». Cette période prend fin avec l’expulsion des Juifs de France, décidée par Philippe le Bel en 1306.
À la même époque, la vigne était déjà présente sur les coteaux autour de la ville. Le muscat de Lunel figure parmi les plus anciennes appellations de la région, et on en produit toujours aujourd’hui à quelques kilomètres du mas.
Et la bouvine alors ? Elle aussi, elle est d’ici
On a longtemps cru, nous aussi, que les manades et les gardians, c’était surtout l’affaire d’Arles ou des Saintes-Maries. En creusant un peu, on se rend compte que non : les premières traces écrites d’élevage en Camargue remontent au 13ᵉ siècle, et des villages tout proches, comme Aimargues ou Aubais, en ont été des foyers actifs depuis toujours. À Aubais, il y a encore des maisons avec des empègues peintes sur la façade, ces petites fresques qui célèbrent une victoire dans l’arène. Et c’est à Aimargues qu’a grandi Fanfonne Guillierme, une des premières femmes manadières du siècle dernier, qui a fait reconnaître officiellement le cheval de Camargue comme race à part entière en 1968.
Concrètement, ça veut dire des courses camarguaises presque chaque week-end d’été dans les arènes des villages voisins, où les raseteurs tentent de décrocher une cocarde entre les cornes d’un taureau sans jamais lui faire de mal, et des ferrades où l’on marque les jeunes bêtes au fer selon des gestes transmis de génération en génération. Rien d’un folklore monté pour les visiteurs de passage : ce sont des familles d’ici qui continuent ce que faisaient déjà leurs grands-parents.
Ce qu’on mange vient d’à côté
Le sel, le riz, le muscat : trois choses qu’on retrouve sur toutes les tables de la région, et qui viennent littéralement d’à côté. Le sel se récolte dans les salins depuis l’Antiquité, le riz de Camargue a remplacé une partie des marais au siècle dernier pour dessaler les terres avant la culture de la vigne, et la gardianne de taureau qu’on sert encore dans les fermes-auberges du coin se prépare avec la viande des manades voisines, mijotée pendant des heures dans un vin rouge local. On y ajoute souvent des olives et des herbes de garrigue, presque jamais la même recette d’une table à l’autre. On connaît d’ailleurs un traiteur qui prépare, selon nous, la meilleure gardianne de la région — mais celui-là, c’est un secret qui se mérite, qu’on garde pour ceux qui séjournent chez nous plus d’une nuit. Rien d’inventé pour plaire aux visiteurs : c’est simplement ce qu’on mange ici depuis toujours, et ce qu’on aime partager au petit-déjeuner ou lors d’un dîner au mas.
Pourquoi on ne le crie pas trop fort
Si on est honnêtes, on aime bien que la Petite Camargue reste discrète. L’été, les Saintes-Maries et Arles absorbent les foules, et tant mieux, elles ont ce qu’il faut pour ça : plages, arènes historiques, festivals. Chez nous, on croise encore plus facilement un gardian qui rentre ses bêtes qu’un car de touristes, on peut longer un canal sans personne à l’horizon, et les fêtes votives à Aimargues ou Marsillargues se vivent entre habitants, pas devant un public venu de loin. C’est cette Camargue-là, plus calme et tout aussi vraie, qu’on a envie de faire découvrir à ceux qui séjournent chez nous.
Alors, pourquoi la Camargue ?
Parce qu’elle ne se résume pas aux flamants roses des affiches. C’est un territoire façonné par un fleuve, traversé par des siècles d’histoire (celle des érudits de Lunel autant que celle des gardians), et toujours porté par les mêmes familles de manadiers et de vignerons. Alors non, la vraie Camargue n’est pas plus loin qu’Arles ou les Saintes-Maries : ce soir encore, les lapins traverseront le chemin devant chez nous, et ça suffit à le rappeler.
Envie de la découvrir sans se presser ? Nos gîtes et chambres d’hôtes au Mas Saint-Ange sont pensés comme un point d’ancrage entre vignes et pins parasols, à quelques minutes de la Petite Camargue et à 20 minutes de Montpellier. Contactez-nous pour préparer votre séjour, on se fera un plaisir de vous orienter vers nos coins préférés.