Trois silhouettes suffisent à résumer la Camargue sur une affiche : un cheval camarguais, un taureau noir, un flamant rose. Sauf qu’en vrai, ces trois animaux ne se laissent pas photographier n’importe où ni n’importe comment. Voici, selon ce qu’on a appris en vivant à côté, où et comment les observer sans repartir bredouille, en partant de la Petite Camargue autour de Lunel plutôt que directement de la case Saintes-Maries-de-la-Mer.
Le cheval de Camargue, une race protégée depuis 1978
Le cheval camarguais est une race à part : petit, entre 1,35 et 1,50 mètre au garrot, né bai ou noir puis devenu gris clair presque blanc en vieillissant. Il a longtemps servi aux gardians pour surveiller les troupeaux de taureaux, avant d’être officiellement reconnu comme race à part entière par un décret ministériel du 17 mars 1978, qui a créé son stud-book. Il vit toute l’année en semi-liberté dans les manades, ce qui explique pourquoi on ne le croise jamais enfermé dans un pré classique : il broute les marais, résiste aux moustiques et au sel mieux que n’importe quel cheval « de club ».
Pour le voir sans passer par un centre équestre, il suffit souvent de rouler tranquillement sur les petites routes entre Lunel, Aimargues et Aigues-Mortes tôt le matin ou en fin de journée : c’est à ces heures que les troupeaux sont le plus actifs et le plus visibles depuis la route.
Le taureau de Camargue, une viande AOP depuis 1996
Le taureau noir de Camargue n’est pas qu’un acteur des courses camarguaises : c’est aussi, depuis 1996, la première viande bovine française à avoir obtenu une Appellation d’Origine Protégée. Élevé en semi-liberté dans les manades, il grandit dans les mêmes marais et prairies salées que les chevaux, ce qui donne à sa viande un goût particulier qu’on retrouve dans la gardianne locale. Les manades ne se visitent pas toutes, beaucoup restent des exploitations privées, mais plusieurs, notamment du côté d’Aimargues et de la Petite Camargue gardoise, proposent des visites encadrées où l’on peut observer le troupeau à bonne distance, sans le déranger.
Le flamant rose, une histoire de nidification récente
Le flamant rose n’a pas toujours niché en Camargue. C’est l’aménagement d’un îlot artificiel sur l’étang du Fangassier, du côté de Salin-de-Giraud, qui a permis en 1970 le retour d’une reproduction régulière, jusqu’à environ 10 000 couples certaines années. Depuis 2014, une partie des flamants a déserté ce site pour les salins d’Aigues-Mortes, plus proches de nous, suite à l’arrêt du pompage d’eau de mer qui régulait le niveau de l’étang. Concrètement, ça veut dire qu’on peut aujourd’hui observer des colonies de flamants roses en train de se nourrir dans les bassins des salins d’Aigues-Mortes, à moins de 30 minutes du mas, sans avoir besoin de pousser jusqu’à la Grande Camargue.
Le Scamandre, notre spot pour les oiseaux sans la foule
Si on ne devait recommander qu’un seul endroit pour observer la faune camarguaise sans faire des heures de route, ce serait la réserve naturelle régionale du Scamandre, à Gallician, sur la commune de Vauvert, à une vingtaine de minutes du mas. C’est la seule réserve naturelle régionale de Petite Camargue vraiment aménagée pour l’accueil du public, avec plusieurs sentiers en boucle (le plus long fait environ 4 km) et un ponton d’un kilomètre construit dans le cadre d’un programme européen, qui permet de traverser les marais et d’atteindre des points d’observation. On y croise les neuf espèces de hérons présentes en Europe, l’essentiel de la population française d’ibis falcinelle, des flamants, des spatules, et bien d’autres oiseaux d’eau, souvent à quelques mètres seulement des passerelles.
Et si on veut voir plus, direction la Grande Camargue
Rien n’empêche, sur une journée complète, de pousser jusqu’à la Grande Camargue pour le Parc ornithologique du Pont de Gau, près des Saintes-Maries-de-la-Mer, qui reste une référence pour observer flamants et hérons sur des passerelles aménagées. Mais pour un après-midi ou une sortie à vélo sans prendre l’autoroute, la Petite Camargue autour de Lunel et Aigues-Mortes offre déjà l’essentiel de cette faune mythique, avec beaucoup moins de monde sur les sentiers.
En résumé, où aller selon ce qu’on cherche
Pour les chevaux et les taureaux en liberté, les petites routes entre Lunel, Aimargues et Aigues-Mortes tôt le matin. Pour les flamants roses, les salins d’Aigues-Mortes ou, avec un peu plus de route, l’étang du Fangassier. Pour une immersion complète dans les marais et une vraie diversité d’oiseaux, la réserve du Scamandre reste, selon nous, le meilleur compromis entre richesse de la faune et tranquillité.
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